Témoignage client : Pierre Godefroy, président de Sotreco Nextri
23 novembre 2020

Pour mieux comprendre la réalité d’une activité de biodéchet pour un prestataire de déchet, nous nous somme entretenu avec l’un de nos clients: Pierre Godefroy de Nextri et avons recueilli ses perspectives sur le marché. Ensemble nous avons abordé l’avenir de la filière, l’économie circulaire et du défi de la crise climatique.


Sotreco  / Nextri est un spécialiste du traitement de déchets de station d’épuration et de déchets verts. Comment êtes-vous arrivé sur le marché du biodéchet?

Nous avons commencé à nous intéresser au biodéchet en 2017 pour véritablement démarrer en 2018 avec la mise en place d’une équipe dédiée. Cela a été une aventure collective, qui a débuté par les déchets verts, puis les fruits et légumes, puis des fruits en cartons. Cela s’est fait assez naturellement. Nous avons essayé différentes techniques et pas mal tatonné.

Nous avons commencé par trier manuellement, ce qui était complexe, chronophage et coûteux, avant d’arriver à FLEXIDRY qui nous permet de stabiliser notre modèle économique. 

Une poignée d’acteurs qui pour des raisons soit de politiques internes soit de véritables convictions, nous ont fait confiance au démarrage et nous les remercions. Et puis, par effet boule de neige, il y en a eu de plus en plus. 

Qu’anticipez-vous comme changements dans les années à venir?

Les tendances et évolutions sont claires et en ligne avec la réglementation qui monte en puissance et qui oblige les acteurs de l’industrie agro-alimentaire, les GMS à trier le plus en amont possible avant d’arriver au grand public.

Traiter des biodéchets, c’est collaborer avec différents acteurs pour avoir une qualité de tri qui permette une réelle valorisation vertueuse. Comment cela se passe-t-il dans les faits?

On déclasse quand la qualité n’est pas au rendez-vous ! La qualité du tri, c’est l’enjeu de toute la filière et c’est un enjeu d’éducation. En tant qu’entreprise pour nous c’est clé, aussi on s’est mis à mettre des picto, à faire des efforts de pédagogie et d’accompagnement de nos clients. D’un point de vue national, la compréhension de cet enjeu varie encore trop d’une région à l’autre et d’une collectivité à l’autre et la bataille n’est pas terminée… le sera-t-elle un jour?

L’enjeu du retour au sol et de l’importance de la dernière étape de la valorisation des biodéchets, est-il assez présent dans les esprits?

C’est à la fois un sujet qui, certes, est beaucoup plus présent dans les esprits, et en même temps c’est un vieux sujet. Nous sommes arrivés au biodéchet naturellement, comme un des premiers acteurs de l’économie circulaire à travers notre activité de compostage. Le produit compost à 3 grands avantages environnementaux:

  •  •  Il est un apport de nutriments pour les sols pour nourrir les plantes
  •  •  L’amendement organique est un des seuls moyens de lutter contre l’érosion des sols
  •  •  C’est une excellente manière de piéger du carbone dans le sol

Donc pour nous, en tant qu’entreprise, c’est une évidence que le sujet du sol soit clé mais en France, malgré le fait que c’est un pays à dominante agricole, l’enjeu de la santé des sols n’est pas encore clair pour le grand public!

Le biodéchet est au cœur d’une nouvelle économie qu’on souhaite soutenable, circulaire et locale, comment percevez-vous la prise de conscience croissante de l’opinion publique des enjeux environnementaux?

L’économie circulaire, ce n’est pas que déposer son compost au coin de la rue à vélo, mais le grand public est un peu méfiant des solutions à plus grande échelle, qui évidemment ont toutes des nuisances.

Il y a à la fois une prise de conscience et une méfiance:

on dit oui aux plateformes de compostage ou à la méthanisation mais on ne les veut pas à côté de chez nous. On aimerait des solutions simples et ultra propres, sans nuisances, on aimerait des fermes mais sans les coqs!

En ce sens là nos métiers sont menacés et on a sans doute un rôle plus important de pédagogie à jouer.

Depuis le terrain du biodéchet, comment voyez-vous la lutte contre le réchauffement climatique?

On devrait inviter toutes les écoles de la région pour leur montrer tout le gâchis alimentaire auquel notre société participe. C’est extrêmement perturbant voir choquant, et il y a tant à faire. Il faudrait commencer par plus de flexibilité sur les dates limites de consommation. Des produits ou invendus soit disant “périmés” représentent une importante partie des biodéchets que nous collectons. 

Dans un monde idéal, il faudrait en amont mieux anticiper les besoins de production alimentaires, il faudrait une meilleure continuité et communication entre les besoins des ménages et la production. Par exemple précommander une partie de nos besoins de nourriture des semaines à l’avance pour permettre de produire la juste quantité et responsabiliser plus les citoyens.  Ca serait, par exemple, rendu possible par des systèmes informatiques et des apps. Ca c’est une vision idéale. 

Mais on pourrait déjà commencer par s’assurer qu’on ait autour de la table, des experts au moment de la conception des produits qui comprennent la fin de vie de ces produits. Aujourd’hui par exemple, nous collectons beaucoup d’emballages qui sont censés être recyclables, la vérité c’est que c’est extrêmement difficile de recycler. C’est un enjeu d’éco-conception, c’est en amont qu’il faut essayer de réduire, d’anticiper au maximum. Et une réflexion multi-partite pourrait mieux permettre cela. La contrainte est sans doute le moyen pour accélérer.

Comment vous préparez-vous au biodéchet des ménages dont le tri à la source va devenir obligatoire dès décembre 2023 ?

C’est un marché différent de celui que nous pratiquons, de part sa volumétrie. L’enjeu clé pour les biodéchets des ménages, c’est la collecte et les différents dispositifs de traitement.

Ce qui va être déterminant également c’est la cohérence:  de la collecte à la production du biogaz. C’est toute une boucle (citoyens, collectivités, collecteurs, producteurs de gaz) qui doit pouvoir étroitement collaborer pour que cela fonctionne.

Pour l’instant, nous allons rester dans le privé et l’industriel. Seul on ne pourra pas le faire et de façon très pragmatique, nous allons finaliser l’étape 1 du marché du biodéchet, avant de passer à l’étape 2, celle des biodéchets des ménages. 

Sur l’étape 1, les défis restent importants: il faut trouver plus de sites et étoffer le maillage des sites de déconditionnement et de traitement. L’amont, c’est-à-dire les gisements de biodéchets sont moins difficiles à trouver aujourd’hui que le sont des partenaires dans le monde de l’aval, c’est-à-dire des sites de méthanisation et de compostage. Il faut pouvoir faciliter les collaborations entre acteurs sur les territoires, pour finaliser cette première grande phase qui, mine de rien, aura vu émerger sur le marché du biodéchet des systèmes réellement fiables et économiquement rentables. 

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